Abdoulaye Ndoye : L’écriture devient création plastique

 Abdoulaye Ndoye : L’écriture devient création plastique



L’artiste-peintre sénégalais Abdoulaye Ndoye expose pour la première fois à la Rotonde des Arts Contemporains, à Abidjan-Plateau. ‘’L’écriture dans tous ses états’’ est l’intitulé de ladite exposition qui a ouvert ses portes le 2 mai 2019. Le décrochage est annoncé pour le 2 juin prochain. Soit un mois de présence de ses œuvres à la Rotonde des arts.Visiter ses œuvres, c’est contempler son écriture car l’on se rend vite compte d’un travail élaboré d’Abdoulaye Ndoye. ‘’L’écriture dans tous ses états’’,  chez Ndoye trouve son sens dans tous les corps de métier sur le continent africain, à commencer par le tissage (écriture) qui lui sert de support (toile) pour ses tableaux (peinture) sans oublier la relation qu’il fait avec le design et la mode. Car, professeur de mode, il est. Pour les codes qu’il n’a pas, le peintre procède par interprétation. Mais, ‘’ce qui m’intéresse c’est l’écriture’’, soutient-il. S’il fait une interprétation, dans une variation de thèmes, du [grand] boubou sous ses coutures dorées ou artistiques, c’est la broderie – l’écriture – qui intéresse le peintre. Tout comme les bijoux ou Takay (lisez Takaye, en Ouolof), c’est l’écriture de la bijouterie qu’il met en évidence. Ce que relève le critique d’art, le Professeur Yacouba Konaté, la technique de Ndoye est élaborée sur la longue durée.

‘’Tout corps de métier est une écriture. Parce qu’à l’intérieur, il y a des codes. C’est en cela que je ne rentre pas spécifiquement dans telle ou telle ethnie. Parce que pour comprendre une ethnie, il me faut y vivre. J’interprète’’, précise Abdoulaye Ndoye. Son écriture, tel qu’il la présente sur papier, sur toile, grand ou petit livre rouge (parce qu’il le veut rouge), ‘’chacun se l’approprie par rapport à son background’’. Ainsi, celui qui verra des ressemblances arabiques dans ses lettres – qui ne veulent rien dire dans le fond –pourrait avoir une culture musulmane.

Sans toutefois se faire donneur de leçons, Abdoulaye Ndoye(se) pose des questions à travers ses œuvres pour avoir en retour les réponses qu’il n’a pas. ‘’Je pointe du doigt quelque chose. Je ne suis pas un donneur de leçons’’, admet-il.  Et de poursuivre : ‘’Je ne donne pas de réponses. J’émets une question pour que tous, nous puissions répondre’’. Et, la question fondamentale que se pose Ndoye, selon le Professeur Yacouba Konaté, Commissaire de l’exposition, est le (type de) dialogue que peut avoir le peintre avec son environnement.

Elaborée à partir de la recherche des traces, son écriture qui est complètement une création,  souligne le Professeur Yacouba Konaté, a pu renvoyer à la problématique des manuscrits de Tombouctou, au Mali. Mais, Abdoulaye Ndoye fidèle à sa démarche de ne pas donner des réponses, se contente de contextualiser. ‘’J’étais présent à Tombouctou comme contingent culturel, créant un workshop avec les artistes maliens et une exposition intitulée ‘’Vous détruisez, on construit’’’’.

Abdoulaye Ndoyeà la Rotonde, ‘’un événement majeur’’, a indiqué Yacouba Konaté qui présente le plasticien comme étant un ‘’artiste de la longue durée, un artiste de haute volée ; une personnalité qui traverse l’histoire de l’art au Sénégal. Il est à la fois un témoin de cette histoire mais, un acteur également’’.

‘’Travailleur acharné et très appliqué’’, dixit Yacouba Konaté, Abdoulaye Ndoye qui se présente lui-même comme étant un rejeton de la politique du Président Senghor [il a envoyé des jeunes Sénégalais dont Ndoye se former en Europe et revenir au Sénégal œuvrer pour l’Ecole de Dakar], est un maître dans l’art. Il a formé au Sénégal des générations d’artistes qui «comptent parmi les plus connus de l’art contemporain» au pays de la Terranga.

Patrick Bouyé (Source KS)

 

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